
Votre mère a chuté trois fois ce mois-ci. Les oublis se multiplient. Le maintien à domicile devient impossible. Et maintenant, une question vous hante : sera-t-elle acceptée en EHPAD ? Selon une étude 2024 de la DREES, 85% des résidents en établissement sont classés en perte d’autonomie. Comprendre les critères d’évaluation vous permet d’anticiper et de cibler les structures adaptées au profil de votre proche.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié pour toute décision concernant la prise en charge de votre proche.
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Grille AGGIR et niveaux GIR : comment votre proche est-il évalué ?
L’évaluation de la dépendance repose sur un outil national : la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources). Cette grille analyse les capacités de la personne âgée à accomplir seule les gestes du quotidien. Selon les termes de Service-public.fr, elle permet de classer chaque individu dans l’un des six groupes iso-ressources, du GIR 1 (dépendance totale) au GIR 6 (autonomie conservée).
Cette évaluation porte sur dix variables principales : cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts, déplacements intérieurs, déplacements extérieurs et communication. Chaque critère est noté selon trois modalités : fait seul, fait partiellement, ne fait pas. Le croisement de ces résultats détermine le niveau GIR final.

Le récapitulatif ci-dessous présente chaque niveau GIR avec un profil concret et ses implications pratiques. Ces informations vous aident à situer rapidement la situation de votre proche.
| Niveau GIR | Profil type | Exemple de situation | APA éligible | Orientation |
|---|---|---|---|---|
| GIR 1 | Dépendance totale | Personne alitée, fonctions mentales altérées | Oui | EHPAD avec soins lourds |
| GIR 2 | Dépendance sévère | Fonctions mentales altérées OU grabataire partiel | Oui | EHPAD standard ou unité spécialisée |
| GIR 3 | Dépendance modérée | Aide quotidienne toilette et habillage | Oui | EHPAD ou domicile renforcé |
| GIR 4 | Dépendance légère | Aide transferts, repas, mais déplacements autonomes | Oui | EHPAD, résidence autonomie ou domicile |
| GIR 5 | Autonomie partielle | Aide ponctuelle ménage, courses | Non | Domicile avec aide ménagère |
| GIR 6 | Autonomie totale | Gestes quotidiens réalisés seul | Non | Domicile ou résidence seniors |
L’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) est réservée aux personnes classées GIR 1 à 4. Pour les GIR 5 et 6, une aide ménagère peut être sollicitée, mais l’entrée en EHPAD n’est généralement pas prioritaire. C’est un point essentiel. Un GIR 5 peut se voir refuser une place faute de justification médicale suffisante.
Les critères médicaux examinés par l’EHPAD
Le niveau GIR ne suffit pas. L’EHPAD analyse aussi la compatibilité entre l’état de santé du demandeur et ses capacités de prise en charge. Conformément au décret n° 2025-897, le médecin coordonnateur donne un avis sur chaque admission en vérifiant que l’établissement peut répondre aux besoins médicaux identifiés.
Ce praticien examine le dossier médical transmis par la famille. Il évalue les pathologies présentes, les traitements en cours, les soins infirmiers nécessaires et les éventuels comportements à risque. Son objectif : s’assurer que l’équipe soignante dispose des compétences et des équipements adaptés. Un refus peut survenir si le profil dépasse les moyens de l’établissement.
Dossier incomplet : les 3 erreurs qui retardent l’admission
Dans les accompagnements que nous réalisons dans les Bouches-du-Rhône, un dossier sur trois arrive avec un certificat médical datant de plus de 3 mois. Résultat : l’établissement demande une mise à jour, ce qui retarde l’admission de plusieurs semaines. Ce constat est limité à notre périmètre d’intervention et peut varier selon les exigences de chaque EHPAD.
Les familles que nous aidons constatent souvent que le délai d’admission dépend directement de la qualité du dossier initial. Le processus prend généralement 3 à 6 semaines avant décision : constitution du dossier (J+0), envoi aux établissements (J+7-14), étude par le médecin coordonnateur (J+15-30), visite de pré-admission (J+20-45). L’attente d’une place disponible varie ensuite selon l’urgence médicale et le profil.
Pensez à anticiper les dépenses de santé dès la constitution du dossier. Les soins non couverts par l’APA peuvent représenter un reste à charge significatif, notamment pour les GIR 3 et 4 dont les aides sont moins élevées.
Pathologies couramment prises en charge en EHPAD
- Maladie d’Alzheimer et troubles apparentés
- Maladie de Parkinson et syndromes parkinsoniens
- Séquelles d’AVC avec perte d’autonomie
- Polypathologies liées au grand âge
- Diabète nécessitant surveillance quotidienne
Un point mérite attention. Certaines pathologies psychiatriques sévères ou certains comportements d’errance incontrôlés peuvent justifier une orientation vers une unité spécialisée plutôt qu’un EHPAD classique. Le médecin coordonnateur oriente alors vers la structure la mieux équipée.
EHPAD classique ou unité Alzheimer : quel établissement selon le profil ?
Selon l’étude 2024 de la DREES, 38% des résidents en EHPAD souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Cela représente environ 268 200 personnes. Cette proportion élevée explique pourquoi de nombreux établissements disposent d’unités protégées dédiées aux troubles cognitifs sévères.
Cas concret : réorientation vers unité spécialisée
Monique, 84 ans, ancienne institutrice, vivait seule à Martigues. Troubles cognitifs modérés, GIR 3. Sa première demande en EHPAD classique a été refusée : l’établissement ne disposait pas d’unité protégée adaptée à sa pathologie Alzheimer débutante. L’erreur la plus fréquente que nous rencontrons consiste à sous-estimer le besoin de surveillance. Après réorientation vers un EHPAD à Martigues disposant d’une unité Alzheimer, l’admission a été obtenue en 6 semaines.

La distinction entre EHPAD classique et unité Alzheimer repose sur trois critères principaux : la présence de troubles cognitifs diagnostiqués, le risque de fugue ou d’errance, et le besoin d’une surveillance renforcée 24h/24. Une unité protégée dispose de dispositifs anti-fugue, d’un personnel formé aux approches non médicamenteuses et d’espaces sécurisés.
EHPAD classique ou unité Alzheimer : vers quel établissement orienter votre proche ?
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Si troubles cognitifs légers sans risque de fugue :
Un EHPAD classique peut convenir. Vérifiez que le personnel est sensibilisé aux premiers stades de la maladie d’Alzheimer.
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Si troubles cognitifs modérés avec déambulation :
Privilégiez un EHPAD disposant d’une unité protégée avec espace de déambulation sécurisé et personnel formé.
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Si troubles cognitifs sévères avec comportements à risque :
Une unité Alzheimer fermée est indispensable. Le médecin coordonnateur évaluera si l’établissement peut gérer ces situations.
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Si dépendance physique sans trouble cognitif :
Un EHPAD classique répond aux besoins. L’unité Alzheimer n’apporterait pas de bénéfice supplémentaire.
Mon conseil pour les familles hésitantes : demandez systématiquement au médecin coordonnateur si l’établissement peut gérer une éventuelle évolution cognitive. Un EHPAD classique avec unité Alzheimer offre plus de souplesse en cas d’aggravation.
Optimiser le dossier pour éviter un refus d’admission
Un dossier incomplet est la première cause de retard. Pas de refus définitif, mais des semaines perdues à rassembler les pièces manquantes. D’après le portail gouvernemental, l’APA en établissement s’adresse aux personnes de 60 ans ou plus évaluées GIR 1 à 4, avec un seuil de revenus fixé à 2846.77 € par mois en 2026 pour bénéficier d’une prise en charge optimale.
Contre toute attente, le certificat médical récent importe plus que le niveau GIR lui-même. Un GIR 4 avec dossier complet et certificat à jour sera traité plus rapidement qu’un GIR 2 avec pièces obsolètes. C’est un paradoxe que les familles découvrent souvent trop tard.
Dossier d’admission complet : 8 pièces indispensables
- Certificat médical de moins de 3 mois détaillant les pathologies
- Évaluation GIR réalisée par le médecin traitant ou l’équipe APA
- Ordonnances en cours avec posologie complète
- Compte-rendus d’hospitalisation récents si applicable
- Carte d’identité et carte vitale du demandeur
- Justificatif de domicile de moins de 3 mois
- Dernier avis d’imposition pour le calcul de l’APA
- Attestation de droits à la complémentaire santé
Conseil pratique : Demandez au médecin traitant de mentionner explicitement les besoins en soins infirmiers quotidiens. Cette précision permet au médecin coordonnateur d’évaluer rapidement l’adéquation avec les moyens de l’établissement.
Quand l’EHPAD n’est pas la solution ? Si votre proche est classé GIR 5 ou 6, son autonomie reste suffisante pour envisager d’autres options : résidence autonomie, maintien à domicile avec services renforcés, ou accueil familial agréé. L’EHPAD représente un niveau de médicalisation qui ne correspond pas à tous les profils. Parfois, une aide à domicile structurée préserve mieux la qualité de vie.
Alternatives à l’EHPAD selon le profil : Pour un GIR 4 avec troubles cognitifs légers, la résidence autonomie avec personnel présent peut suffire. Pour un GIR 3 sans trouble cognitif, le maintien à domicile avec passage infirmier quotidien reste envisageable si l’habitat est adapté.
La vraie question maintenant : votre proche correspond-il aux critères médicaux ET aux capacités de l’établissement visé ? Seule la rencontre avec le médecin coordonnateur permettra de trancher. Préparez un dossier complet, ciblez les établissements adaptés à la pathologie identifiée, et sollicitez plusieurs structures pour maximiser vos chances d’admission rapide.
Limites et précautions
- Ce guide ne remplace pas l’évaluation médicale réalisée par le médecin coordonnateur de l’établissement
- Les critères d’admission peuvent varier selon les établissements et leur spécialisation
- Chaque situation de dépendance est unique et nécessite une analyse personnalisée par des professionnels
En cas de doute, consultez votre médecin traitant, un gériatre ou l’équipe médico-sociale du Conseil départemental pour une évaluation GIR officielle.